Je me suis toujours trouvée trop grosse. Pas ronde, pas pulpeuse, pas les jolies formules qu’on utilise maintenant. Grosse. Cent quinze kilos pour un mètre soixante-huit. J’ai passé ma vie à éviter les miroirs en pied, à refuser les photos, à m’habiller en noir pour disparaître un peu. J’ai quarante-deux ans et je crois que j’ai jamais vraiment accepté un regard sur moi sans avoir honte.
Sauf quand j’écris. Là personne me voit. Personne juge mon ventre, mes cuisses, mes bras. Y’a juste mes mots, ma tête, ce que je suis vraiment à l’intérieur. Et parfois ça devient brûlant. J’ai découvert ça presque par hasard, un chat coquin rencontre y’a quelques mois, un type qui savait exactement quoi dire, comment le dire. On a passé des heures à s’écrire des trucs que j’aurais jamais osé prononcer à voix haute. Je mouillais rien qu’en lisant ses messages.
Depuis je cherche ça. Pas un plan cul direct. Pas un mec qui me dit viens je te baise sans même savoir qui je suis. Je veux quelqu’un qui prend le temps. Qui écrit vraiment. Qui me fait exister autrement. Qui me donne envie de me toucher en lisant ses mots. Et qui sait, peut-être qu’un jour on se voit pour de vrai sur Troyes. Peut-être que je serai prête à ce moment-là. Ou peut-être pas. Mais au moins j’aurai existé ailleurs que dans ma honte.